

Le 10 juillet, le Conseil municipal de Metz a voté un crédit de 500.000 euros pour couvrir les dépenses liées à la venue du Pape prévue le 28 septembre. Le 28 août, Les Profanes se sont associés à l’UFAL (Union des Familles Laïques) pour déposer un recours devant le Tribunal administratif de Strasbourg en vue d’obtenir l’annulation des délibérations relatives au crédit.
Comme pour le financement public de la Grande mosquée de Metz, l’enjeu n’est pas la liberté de culte mais le contrôle de la légalité de l’emploi de l’argent public à des fins cultuelles. Que la démarche des militants laïques ne fasse pas l’unanimité, c’est dans l’ordre des choses. Les Profanes sont néanmoins atterrés par la pauvreté des arguments papolâtres développés par le personnel politique municipal et départemental, qui confinent au blasphème.
Le tourisme est en effet le premier argument invoqué pour justifier la dépense et la conversion des élus. La venue du Pape devrait, parait-il, avoir des retombées économiques miraculeuses. Outre le fait qu’il est quasiment impossible de mesurer l’ampleur de la manne au-delà du chiffre d’affaires des grandes chaînes hôtelières, il est pour le moins curieux que la venue du Pape soit sanctifiée sur l’autel de l’argent. Aussi Les Profanes exhortent-ils les thuriféraires de Léon à promouvoir la rigueur pour tous les cultes !
Deuxième argument, l’importance du message que le Pape devrait délivrer, message qui serait évidemment en communion avec les valeurs soi-disant chéries par les Messins, les Mosellans et leurs dignes représentants : la paix et la réconciliation. Sans vouloir être désobligeant, une tournée de Miss Mirabelle aurait très bien pu faire l’affaire et aurait coûter beaucoup moins chère aux contribuables. Quant à la référence au local de l’étape, les élus seraient bien inspirés de sortir la momie du reliquaire de Scy-Chazelles et de la confier aux historiens. Certes, l’opération serait dangereuse. Les historiens déconstruisent les récits hagiographiques alors que les politiciens exploitent les mythes comme celui de la messe patriotique du 15 août. (Cf. article RL du 15/08/2019*)
Saint François et saint Patrick l’ont très bien compris : le Christ, c’est chic. Encore plus chic que les Dragonnes, encore plus chic que Terre de Jim, qui a pourtant programmé une cérémonie de bénédiction des tracteurs le 16 septembre devant la cathédrale. En jouant sciemment la carte de l’enracinement identitaire, certes très en vogue, ils alimentent une pulsion sociétale qui va tous nous emporter. Car, ne nous y trompons pas, l’engouement populaire pour le pape, qui déborde largement le cercle des croyants-pratiquants, a des relents revanchards de guerre culturelle qui vont bientôt porter leurs fruits électoraux.
Les athées, les agnostiques, les indifférents, attachés à la courtoisie républicaine, souhaitent également la bienvenue au Pape Léon. Ils lui prodiguent même quelques conseils pour s’orienter dans le panier de crabes : que Léon s’autorise la facétie d’employer son sermon à s’excuser pour les violences physiques et sexuelles commises dans les institutions catholiques, à interdire aux croyants d’avoir recours à l’euthanasie, à promouvoir l’accueil des étrangers, à dénoncer les méfaits de l’IA, bref à rester fidèle à sa ligne, juste pour le plaisir de voir la moitié de la Cathédrale s’étrangler.
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* article du RL du 15 août 2019, Olivier Jarrige interviewe l’historien Philippe Wilmouth