les Profanes

La complaisance face à l’intégrisme religieux, une cause de basculement politique

Article de Stéphane Aurousseau, président des Profanes

Par curiosité et également, il faut bien l’avouer, pour sortir d’une forme d’isolement, tant les lieux où se pense la non-croyance sont rares, j’ai pris l’initiative de m’inscrire sur Facebook à toutes les pages francophones et anglophones qui annoncent leur parti pris en faveur de l’athéisme et de l’agnosticisme. J’y ai fait la découverte touchante d’athées des cinq continents qui développent des argumentaires spécifiques en miroir des religions majoritaires auxquels ils sont confrontés. Mais je me suis également trouvé assailli de publications émanant de pages francophones qui, sous couvert de prendre la défense des non-croyants, relaient une propagande d’extrême-droite plus ou moins subtile. A l’approche des élections européennes, les loups sortent du bois et il est plus facile de les repérer.

Le devoir de balayer devant sa porte

A chaque exaction commise par des croyants, on entend la petite musique du rien-à-voirisme selon laquelle les assassins qui se réclament des religions n’auraient rien à voir avec elles. J’ai toujours été heurté par cette posture de défense peu convaincante, si bien qu’il ne devrait pas être difficile pour moi de reconnaître que certaines personnes qui se réclament de l’athéisme sont peu fréquentables. En vérité, il m’en coûte tout de même un peu, notamment parce que les accusions rituelles en fascisme et en racisme sont tellement galvaudées que je suis bien immunisé contre la tentation de m’associer aux cris paresseux et lâches de pseudo-progressistes. Il m’en coûte mais les faits sont là. Et à moins de considérer que les athées soient des esprits supérieurs, ils n’ont à vrai dire rien de surprenants.

Des égarés et des manipulateurs

Comme tout un chacun, les athées et les agnostiques ne sont pas réductibles à leurs prises de position sur la croyance et la religion. La diversité de leur parcours en fait un groupe aux contours indéfinis, divisé entre de nombreuses traditions intellectuelles et politiques. Dans ces conditions, rien ne permet d’affirmer que la non-croyance préserve du racisme et l’on peut admettre sans problème que certains athées puissent se fourvoyer dans le nationalisme. Mais la multiplication (toute relative) des pages athées plus ou moins affiliées à l’extrême-droite m’interpelle et me laisse supposer que certaines officines politiques ont identifié un filon qu’ils exploitent consciencieusement.

La complaisance face à l’intégrisme religieux, une cause de basculement politique

Au cours de mes expériences militantes, je pense avoir repéré quelques récurrences. L’une d’entre elles est la place qu’occupe le traitement politique du rigorisme religieux dans une société largement sécularisée comme élément explicatif du basculement gauche/extrême droite de nombreuses personnes attachées à une forme traditionnelle d’anticléricalisme ou d’athéisme. Que des électeurs et des électrices socialisés à Gauche se sentent menacés et trahis et pensent trouver refuge et protection sous l’aile de l’extrême-droite, alors même que cette dernière n’a pas franchement coupé les ponts avec les intégristes catholiques, devrait à minima interpeller certains élus, partis politiques et syndicats…

… et obligent Les Profanes, dans la mesure de leurs moyens humains et financiers dérisoires, à développer un discours public athée à la fois sans complexe et non-raciste !

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