
Discours prononcé par le président des Profanes à l’occasion de la cérémonie du 1er juillet 2026 à la mémoire des victimes de l’intolérance religieuse (Metz – place de la Laïcité).
Depuis l’annonce de la venue du pape à Metz fin septembre, les alléluias n’en finissent plus de dégouliner par tous les canaux de communication. Et, pour sûr, cela ne fait que commencer.
Que l’événement réjouisse les catholiques, c’est dans l’ordre des choses. Que le pape puisse incarner pour certains une autorité morale intéressante à commenter, pourquoi pas ?
A vrai dire, le problème n’est pas l’attitude du pape et des autorités religieuses, qui font tout simplement leur job dans un pays qui garantit la liberté de conscience.
Le problème, c’est l’attitude du personnel politique. Le maire de Metz joue subtilement avec le second degré en parlant de « bénédiction » et de « marche sur l’eau » au sujet de cet évènement qualifié d’« extraordinaire ». Le président du conseil départemental de la Moselle y va plus franco : « immense joie », « profonde émotion », « événement historique », « terre de foi ». Visiblement, les services de communication du département et de l’évêché ont fusionné.
Cette débauche de superlatifs qui confine à la papolâtrie va bien au-delà de la courtoisie républicaine. Que cache-t-elle ?
Le personnel politique, toutes couleurs confondues, sent bien l’appel du ‘peuple’, ce ‘peuple’ déçu, désabusé, déboussolé, apeuré, qui ne sait plus à quel saint se vouer. Aussi, à défaut d’incarner lui-même une autorité morale légitime, il espère récupérer une partie de l’aura religieuse en déroulant le tapis rouge aux clergés. Un terrible aveux d’échec.
Un autre bruit de fond se fait entendre, celui de la revanche des catholiques sur d’autres religions plus visibles dans l’espace public (musulmans et évangéliques). On sent bien comment cette libre concurrence sur le marché de la spiritualité peut exacerber l’identitarisation de la société et les tensions dans le corps civique.
Les élus seraient bien inspirés de respecter l’esprit laïque, qui exige une attitude de réserve polie à l’égard de toutes les convictions spirituelles ou philosophiques plutôt que d’alimenter la machine identitaire dans l’espoir de faire fructifier le tourisme et leur notoriété.
Stéphane Aurousseau, Président des Profanes