les Profanes

Cérémonie à la mémoire du Chevalier de La Barre: allocution de Monsieur Michel SEELIG

Monsieur Seelig est administrateur du Comité Laïcité République et de l’association EGALE.

Le 1er juillet 1766, François Jean Lefèvre, chevalier de La Barre, jeune homme d’à peine 20 ans est exécuté à Abbeville, condamné pour « impiété, blasphèmes, sacrilèges exécrables et abominables.» La même année, Voltaire publie La Relation de la mort du chevalier de la Barre. Il y reviendra encore longuement onze ans plus tard dans Le Cri du sang innocent. Mais c’est un autre texte de Voltaire que je vais citer ici, vous en comprendrez bientôt la raison !

Dans un complément de 1769 à son Dictionnaire philosophique de 1764, dans la rubrique « Torture », Voltaire évoque ainsi le supplice du chevalier :

« Lorsque le chevalier de la Barre, petit-fils d’un lieutenant général des armées, jeune homme de beaucoup d’esprit et d’une grande espérance, mais ayant toute l’étourderie d’une jeunesse effrénée, fut convaincu d’avoir chanté des chansons impies, et même d’avoir passé devant une procession de capucins sans avoir ôté son chapeau, les juges d’Abbeville … ordonnèrent non seulement qu’on lui arrachât la langue, qu’on lui coupât la main, et qu’on brûlât son corps à petit feu ; mais ils l’appliquèrent encore à la torture pour savoir précisément combien de chansons impies il avait chantées, et combien de processions il avait vues passer, le chapeau sur la tête. »

C’est ce court texte qui est principalement à l’origine du souvenir vivace, aujourd’hui encore, de la dernière exécution publique de l’Ancien Régime pour un délit de blasphème. Le jeune chevalier était accusé des « méfaits » évoqués par Voltaire, chanter des paillardes, ne pas se découvrir au passage d’une procession, et avoir dégradé des crucifix qui ornaient un pont. Cette dernière accusation qui n’a finalement pas été prouvée… Ce serait donc, comme dit Voltaire, pour une simple « étourderie de jeunesse » qu’il fut supplicié.

En fait, si le jeune chevalier est devenu un symbole c’est surtout pour une autre raison, à mon avis, essentielle. Une perquisition avait permis de trouver dans ses affaires un exemplaire du Dictionnaire philosophique de Voltaire… exemplaire qui fut cloué sur la poitrine du jeune homme lorsqu’il fut placé sur le bûcher !

Les autorités qui ont condamné ce tout jeune homme, voulaient en fait condamner Voltaire, ceux qu’on appelait les philosophes et tout le mouvement des Lumières.

Quelques années auparavant, en 1759, Voltaire avait créé ce slogan « Écraser l’infâme ! ». Un slogan qui visait sans doute l’Église catholique, hégémonique dans la France de l’époque, mais plus généralement tous ceux qui veulent imposer leur croyance aux autres, ceux qui veulent imposer la « loi » de leur Dieu à la société des Hommes…

Aujourd’hui, face aux théocraties, aux mouvements fondamentalistes de tous bords, ce slogan peut être le nôtre…

Écrasons l’infâme !

Rejoignez-nous dès aujourd'hui !

Inscrivez-vous à notre liste de diffusion pour rester informé de nos actions et événements. Ensemble, créons un réseau engagé et humain.