les Profanes

Identité et apparence : deux notions au cœur des préoccupations adolescentes et qui croisent la route de la pédagogie de la laïcité

Partage d’expérience sur les prémices d’un futur nouveau support pédagogique.

Article de Stéphane Aurousseau

Vendredi 17 mai, dans le cadre de la journée internationale de lutte contre l’homophobie et la transphobie, j’ai été invité par la ville d’Homécourt (Meurthe-et-Moselle) à venir animer une conférence sur le thème ‘La laïcité protège-t-elle les minorités ?’. Le plan de mon intervention était le suivant :

1) La laïcité est-elle un outil juridique de lutte contre les discriminations ? (ma réponse : ‘oui et non’) ;

2) La laïcité protège-t-elle les minorités LGBT (ma réponse : ‘oui, incontestablement’) ;

3) Pourquoi la laïcité est-elle alors perçue comme une anti-valeur par une majorité de jeunes LGBT, notamment de la part de celles et ceux qui sont engagés ? (ma réponse : ‘parce que ce sont des jeunes comme les autres’, comprendre ‘sur le sujet, ils ne se démarquent pas des autres jeunes’).

Si des adolescents étaient invités à réécrire, sans accompagnement particulier, une déclaration des droits, je mets ma main à couper qu’ils rédigeraient ainsi son préambule : ‘Considérant que l’expression de l’identité est un droit imprescriptible et sacré, nul ne peut être contraint dans sa liberté de se vêtir en tous lieux et en tout temps, à l’exception de toutes les tenues qui seraient susceptibles de nous offenser, à savoir… (bagarre générale)’. C’est d’ailleurs à peu de chose près ce que m’a déclaré une collégienne, présente dans la salle avec une dizaine d’autres de ses camarades.

Quel est l’objet de l’expérimentation ?

Partant du fait que la loi de 2004 est le point de crispation sur lequel vole en éclats un pseudo-consensus sur les bienfaits de la laïcité, j’ai souhaité expérimenter à la fin de la conférence une animation en cours de conception. Celle-ci a pour ambition de faire réfléchir les jeunes et leurs aînés sur les conséquences sur les interactions sociales de l’affirmation des identités (et des registres de valeurs qui leur sont associés) à travers des slogans et/ou des symboles arborés sur des t-shirts.

Avertissement : je vous prie de bien vouloir résister à la tentation de chercher à savoir si je suis pour ou contre la loi de 2004. Ce n’est pas le sujet de cette publication, qui n’est ni un plaidoyer ni un réquisitoire. Le sujet est : quel outil pédagogique concevoir pour développer le degré de réflexion des élèves sur les questions identitaires, en essayant de réduire la polarisation clivante sur les identités religieuses par un élargissement des thématiques abordées ?

Liste des t-shirts (et indication des catégories suggérées) distribués aléatoirement au public :

(600 euros d’investissement personnel, soit dit en passant…)

1. ‘Save de planet’ (antireligieux)

2. ‘Police nationale RAID’ (pro-police)

3. ‘Destroy the patriarchy’ (féminisme)

4. ‘No-binausaure’ (pro-LGBT)

5. ‘Solution’ (pro-Islam / frérisme)

6. ‘Protect trans kids’ (pro-LGBT)

7. ‘Alsace’ (régionalisme)

8. ‘Croix celtique sur drapeau français’ (identitaire)

9. ‘Happy hanukka’ (pro-juif)

10. ‘Jesus love you’ (pro-christianisme)

11. ‘Abortion is murder’ (anti-avortement)

12. Team Jesus (pro-christianisme)

13. ‘Proud virgin’ (abstinent sexuel)

14. ‘J’aime les bananes’ (pro-LGBT)

15. ‘Muslim lives matter’ (pro-Islam)

16. Calligraphie arabe (pro-arabe)

17. ‘Educated et vacinated’ (pro-vax)

18. ‘Je suis un mec simple’ (masculinisme)

19. Etoile de David sur arabesque bleue (pro-israélien)

20. Fiction (anti-religion)

21. Ni dieu ni maître (anti-religion)

22. Meat is murder (anti-spéciste, pro-végan)

23. T-shirt bleu-blanc-rouge (nationaliste)

24. Good night white pride (racisme anti-blanc)

25. ‘Skindheads against racial prejudice’ (rouge-brun, black block)

26. Va te faire cuire un keuf (anti-police)

27. No victime, no crime (pro-canabis)

28. Feminisme guerilla (féminisme)

29. Tirer dans une tête croix gammée (antifasciste)

30. Ni dieu ni allah (anti-religion)

Premières constatations et réactions du public :

– La distribution des t-shirts libère la parole.

MÊME EFFET QU’UN PHOTOLANGAGE RÉUSSI ;

– Beaucoup de symboles sont incompris, voire compris à l’inverse de ce qu’ils sont sensés exprimer (exemple: la croix celtique sur un drapeau français pris un message anti-français alors qu’il s’agit d’un symbole identitaire nationaliste).

DÉMONSTRATION DE LA POLYSÉMIE DES SYMBOLES;

– Une personne souligne que le fait de porter n’importe lequel de ces t-shirts est susceptible d’empêcher la discussion car elle enferme les gens dans une image caricaturale d’eux-même.

EFFET DE CATÉGORISATION ;

– Une adolescente exprime son opinion selon laquelle il faudrait tout autoriser, sauf ce qui est raciste (parce que le racisme n’est pas une opinion, etc.), bien qu’elle soit incapable de dire spontanément quel t-shirt serait raciste.

A suivre…

Stéphane A.

PS : merci à la ville d’Homécourt et à son maire, Monsieur Jean TONIOLO, pour son soutien.

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