
Article de Stéphane Aurousseau
Dans le cadre de la promotion du livre Promouvoir la laïcité en milieu hostile, j’insiste sur l’hégémonie de la posture pro-croyance qui s’exprime dans presque toutes les classes et tous les établissements. Je définis ainsi ce que j’entends par ‘posture pro-croyance’ : « c’est cool de croire en dieu, touche pas à la religion !». Je précise que ce qui s’exprime en classe, sous couvert de l’anonymat ou pas, ne correspond pas nécessairement à la réalité des convictions des collégiens et des lycéens. Cela n’en demeure pas moins significatif d’une certaine pensée normative et dominante à l’œuvre chez les 14/18 ans. Dans le livre, je propose quelques hypothèses pour expliquer ce phénomène : effet du terrorisme, société anxiogène et anomique, rébellion juvénile.
A ma connaissance, l’hégémonie de la posture pro-croyance n’est pas encore étayée par les sciences sociales. (Si je me trompe, n’hésitez pas à m’envoyer les références). Peut-être cela passe-t-il encore sous les radars de la recherche ? Je trouve pourtant le phénomène plutôt massif et pas franchement discret. La photo qui illustre cette publication est le résultat d’un sondage anonyme que j’ai fait passer cette semaine dans une grosse classe de Terminal STMG. (C’est le début de la séquence pédagogique décrite dans Promouvoir la laïcité en milieu hostile). Ce résultat est peu commun (0 élève non-croyant, 33 croyants, 1 ne sait pas, sur 34) mais ne s’éloigne pas beaucoup de la moyenne que j’observe. D’habitude, il y a au moins 3 à 5 élèves par classe qui déclare anonymement ne pas croire ou ne pas savoir. On se rassure à peu de frais.
Je ne sais pas ce qui m’inquiète le plus : l’extrême pauvreté des conceptions religieuses de ces pseudo-croyants en herbe ou le refus des adultes de voir un fait social qui reste à mesurer et à interpréter.