les Profanes

La tentation néo-concordataire ou comment mettre le feu aux poudres au nom du ‘vivre-ensemble’

(Photo: célébration d’Hanoukka devant la synagogue de Metz le 30 décembre 2024, en présence des élus du Conseil municipal de Metz, de parlementaires, de la directrice de cabinet du Préfet, d’un général de gendarmerie)

Crèches municipales de Noël à Metz, à Woippy et ailleurs, défense du régime dérogatoire des cultes en Alsace et en Moselle, potentiel financement public d’une mosquée à Metz (pour suivre l’exemple de Strasbourg), dialogue œcuménique orchestré par la ville de Metz avec une frappante continuité entre l’ancienne municipalité socialiste et l’actuelle, participation du maire de Metz et du président du Conseil départemental de Moselle à la célébration d’Hanoukka, … et allumage des bougies d’Hanoukka à l’Elysée.

De la Moselle à Paris, à gauche comme à droite, la tentation néo-concordataire gagne du terrain. Bien sûr, le clientélisme électoral explique en partie cela mais une majorité de notre classe politique est également mue par une conviction : la religion peut être sollicitée pour contenir une société menacée par l’implosion et l’anomie, soit une façon de poser des pansements sur des maux dont elle est souvent responsable.

Mais il y a un hic : ça ne marche pas ! Dès qu’un élu envoie un signe de sympathie (reconnaissance ? allégeance ?) à une clientèle, il suscite l’envie, la rancœur, la peur du déclassement chez les autres qui réclament un juste rééquilibrage au nom de leur représentativité, de leur antériorité, de leur dynamisme, de l’histoire, de la tradition, de la diversité, de la lutte contre les discriminations, d’une compensation qui leur serait due, etc… Se faisant, nos politiques ne font qu’exacerber les surenchères identitaires au nom du ‘vivre ensemble’.

Spontanément, on serait tenté de croire qu’il suffirait de reconnaître tout le monde pour régler le problème. Mais personne ne veut reconnaître tout le monde. Demandez voir aux bénéficiaires financiers du régime dérogatoire des cultes en Alsace et en Moselle s’ils voudraient bien partager les 60 millions d’euros qui leur sont versés par an avec les musulmans, les évangéliques, les témoins de Jéhovah, les bouddhistes, les scientologues, les raëliens, les déistes, les pastafaristes, les jédistes, les athées, les agnostiques, etc ?

Reconnaitre tout le monde signifie généralement reconnaître les plus ‘respectables’, de son point de vue. Le principe de non-reconnaissance posé par la loi de 1905 est contre-intuitif mais il se pourrait bien qu’il soit le plus judicieux.

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