
de Stéphane Aurousseau (1er septembre 2024)
(photo – article Libération du 26 août 2024)
En mars 2024, l’Église catholique lance une campagne de communication autour du boom des baptêmes chez les jeunes adultes, campagne reprise par un grand nombre de médias nationaux et régionaux : Challenges, Marianne, Libération, La Croix, Le Figaro, Le Point, Atlantico, France Bleu, Ouest-France, etc. La plupart des articles se contentent de reprendre les éléments de langage de l’Église illustrés par des témoignages quand d’autres esquissent un débat autour de la durabilité et la signification du phénomène. Libération remet le couvert le 26 août 2024 et évoque, entre autres hypothèses, un effet de la droitisation du débat public. A ma connaissance, aucun article n’élargit le sujet à ce qui se passe chez les jeunes qui se retournent vers d’autres religions, alors que les sciences sociales ont décrypté le phénomène en long, en large et en travers pour les jeunes musulmans (‘recours à l’islam’, ‘islam de requalification’, etc.).
Pour ma part, j’émets l’hypothèse dérangeante qu’un certain nombre de jeunes recourent au catholicisme dans un souci de requalification. Explication : sur le marché de la dignité, il faut pouvoir être en mesure d’affirmer une identité forte, voire virulente, au risque d’être inexistant. Ce marché est exacerbé par la culture anglo-saxonne qui drive la sociabilité juvénile par le truchement des réseaux sociaux et des plateformes de streaming. Les identités (nationales, communautaires, culturelles, etc.) sont mises en compétition et le seuil de reconnaissance ne cesse d’être relevé. Dans cette compétition, les identités religieuses ‘pour les nuls’ disposent d’indéniables atouts. Elles offrent en trompe l’œil la légitimité de l’ancienneté, un sentiment de supériorité morale, une consolation, une justification de tout. En prime, il paraît qu’on a plus le droit de les critiquer.
Cette hypothèse, je la touche régulièrement du doigt en classe quand des adolescents se mettent à revendiquer une identité nationaliste, masculiniste et chrétienne à la seule fin de pouvoir exister face à des élèves qui affirment de plus en plus librement une identité musulmane, féministe ou queer. J’en ai acquis la conviction que le refus de s’interroger sur les effets contreproductifs des « politiques de l’identité » ruine les efforts pédagogiques déployés en faveur du respect de la diversité… et menace la cohésion sociale.