
(photo: la crèche de l’hôtel de ville de Woippy, près de Metz)
Comme à l’accoutumée depuis plusieurs années, l’approche de Noël réveille la guerre des crèches. Ce sont les réseaux nationalistes qui prennent généralement l’offensive sur le Net en faisant circuler tout une gamme de mèmes qui varient de la louange crétine de nos gentilles traditions à l’affirmation martiale de la France chrétienne. Avec un certain succès, vu le nombre de gogos qui se laissent prendre !
Et qu’on ne nous parle pas de respect des croyants car jusqu’à preuve du contraire, aucune loi n’empêche en France d’installer une crèche dans son salon, dans son jardin, dans une église, sur le parvis d’une église, voire même dans l’espace public. Alors pourquoi inciter les gens à mettre des crèches partout, même dans les bâtiments publics? Des considérations spirituelles exigent-elles de battre grossièrement le tambour autour de la célébration de la nativité ?
La connotation très droitière de la plupart de ces incitations donne un début de réponse à la question. Il ne faut pas s’y tromper, le thème de cette campagne annuelle de communication n’est pas la spiritualité chrétienne mais la promotion d’une conception particulière de l’identité nationale figée dans une représentation folklorique de la France… d’antan. Notre-Dame et Quasimodo ne sont effectivement pas très loin.
Pourtant, à moins d’avoir dormi durant tous les cours d’histoire à l’école, nous savons bien que la France n’est pas tout à fait réductible à sa christianité depuis au moins la Révolution. Si nous écartons les cancres et les royalistes qui, pour des raisons différentes, pourraient à la rigueur croire sincèrement à l’argument de la France chrétienne, comment expliquer que la vogue de la promotion des crèches touche des couches très larges de la population, y compris sans doute parmi les personnes indifférentes aux questions religieuses qui forment pourtant aujourd’hui le gros de la troupe?
La reconnaissance sociale se jouent en grande partie sur l’affirmation d’identités collectives. Dans cette arène identitaire en profonde mutation, le Petit Jésus, Joseph, Marie, les Rois Mages, le bœuf et l’âne sont devenus à leur corps défendant un symptôme de l’identitarisation des questions religieuses. Sur ce registre, beaucoup de nos concitoyens jouent à celui ou celle qui exhibera la plus grosse… crèche ou tout autre signe religieux pourvu qu’il ne passe pas inaperçu. Et quand, pour des raisons clientélistes, les élus entretiennent ce concours de quéquettes, ça donne par exemple… une visite guidée de crèche en crèche organisée par l’office du tourisme de Metz. Le patrimoine a le dos large !
